Coronavirus. « Avec le confinement, le sevrage est encore plus dur »

Depuis début mars, le Groupe entraide soutien dépendances de Vannes a dû suspendre ses réunions, mais multiplie les coups de téléphone pour maintenir le lien avec les malades qui doivent lutter contre leurs addictions tout en respectant le confinement.

Marie-Anne Di Bianco, présidente du Groupe d’entraide soutien dépendances

Groupe d’entraide soutien dépendances ne s’est pas réuni depuis plusieurs semaines maintenant. Comment ses adhérents vivent-ils cela ?
C’est un état de sidération et nous sommes en état d’alerte pour les aider. L’addiction est une maladie des émotions. Tout ce qui perturbe les habitudes de vie est un facteur d’aggravation. Ils sont anxieux et stressés, éberlués par ce qui se passe. Ça risque d’empirer si les informations deviennent encore plus alarmantes et que le nombre de morts augmente. En plus, les services d’addictologie ont fermé. En cas d’urgence, il n’y a personne. C’est une grande source d’inquiétude pour nous.

Y a -t-il déjà des rechutes ?
A priori, non. Mais nous n’en sommes pas certains. Il y a une pudeur dans la rechute. Autant quand on se voit pendant trois heures, on peut avoir un témoignage et la personne se confie. C’est plus compliqué de dire les choses au téléphone.

Le confinement demandé va-t-il à l’encontre du sevrage…
Complètement. Avec le confinement, le sevrage est encore plus dur. Quand il y a une émotion forte, de l’anxiété ou même de la joie, cela crée une pulsion appelée Craving. Elle paralyse l’esprit. Il y a un besoin immédiat et compulsif du produit. C’est un état physico-chimique qui survient pendant la période d’abstinence. Beaucoup sont habitués à la surmonter en prenant l’air, en se retrouvant en groupe autour d’un café. Là, ils ne peuvent plus rien faire. Ils sont isolés.

Que mettez vous en place pour les aider ?
Nous nous partageons les adhérents entre membres du conseil d’administration Nous en suivons six à sept chacun et nous les appelons régulièrement depuis quinze jours. Nous avons décidé d’aller à leur rencontre par téléphone dans un premier temps. On espère que lors des montées d’angoisse et de stress, ce sont eux qui viendront vers nous. Ils savent qu’ils peuvent appeler à n’importe quel moment du jour ou de la nuit.

Est-ce que les conversations téléphoniques suffisent à apaiser l’angoisse et le manque ?
Ça aide. Ce sont des moments assez longs que nous passons ensemble au téléphone. Nous mettons également des choses en place. Nous travaillons avec Emmanuelle Combe, une sophrologue qui propose ses séances enregistrées. La psychologue Françoise Poissonneau, spécialisée dans le stress post-traumatique, se met également à disposition de nos adhérents qui vont craquer.

Une telle situation est-elle tenable pour eux dans la durée ?
Il le faut. On ne pourra pas faire autrement. Il y a un fort taux de suicide des personnes qui ont des addictions. À nous de nous mettre en actions avec ces nouvelles règles. Ça sera compliqué, mais nous seront là pour eux. Nous avons un autre problème. Il sera difficile d’établir un lien avec les personnes qui nous contactent pour la première fois. On essaie généralement de les rencontrer dès la première semaine pour entrer en empathie avec eux. Ce sera plus difficile au téléphone.

Groupe d’entraide soutien dépendances, contact : Patrick Delval au 07 82 76 56 42 et Marie-Anne Di Bianco au 06 16 53 52 84

Ouest-France Mélanie BÉCOGNÉE. Publié le 23/03/2020 à 06h53

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