LA « POLITIQUE » ASSOCIATIVE N’EST PAS UN VILAIN VAIN MOT

Récemment, un membre de notre groupe m’a reproché d’utiliser le mot « politique », que j’emploie pour souligner des consignes impératives et justifier de l’importance de les respecter. Il m’a fustigé d’un « ohh toi et ta politique… la politique on s’en fout… ».

Vexée…Je me suis vexée et en même temps je suis entrée en perplexitude : ben oui, pourquoi usais-je toujours de ce mot pour surligner le caractère primordial de certains de mes conseils de communication, pour renforcer les incontournables tergiversations contextuelles nécessaires aux échanges avec les institutions. Alors j’ai réfléchi, j’ai fouillé et j’ai trouvé le pourquoi du comment :

Un groupe d’entraide en addictologie est un rassemblement de personnes ayant la même pathologie et l’envie de s’en sortir en mutualisant vécus et compétences. Se ressembler c’est avoir un même profil psychologique, que du coup on connait bien, mais avec les défauts qui vont avec. Ainsi, l’addict est submergé par ses émotions qui l’ont souvent amené à des souffrances, jusqu’au paroxysme de ses instincts de survie.

D’autre part, l’addiction est depuis toujours, et encore plus en ce XXIème siècle des apparences, considéré comme un défaut au mieux, une tare le plus souvent. Alors les groupes d’entraide doivent défendre et expliciter le statut de « maladie », impliquer la société dans les dérives du malade en révélant les souffrances du patient, majorées par leurs réponses et décisions trop souvent inappropriées, et militer sur les méthodes et les capacités de tous à s’en sortir en vivant une abstinence heureuse.

Vaste programme…. Mais alors qu’en est-il de la politique associative ? Selon la définition Larousse « Se dit d’une manière d’agir avec autrui habile, judicieuse, diplomate et calculée ». Alors oui, nous utilisons la politique pour fédérer les adhérents à nos associations, afin de les inciter à changer de mode de vie, trouver des plaisirs simples, s’insérer dans la société de façon sereine en mettant en avant ses capacités sans se laisser submerger par ses émotions. Mais pas que….

En qualité de responsable d’association il nous faut également faire avancer la « cause des addicts » au sein de notre société, à travers ses différents organismes. Ainsi, nous utilisons la « politique civique », soit « l’Art de conquérir, exercer et conserver le pouvoir dans les institutions gouvernant la vie collective». Là il ne s’agit plus de papoter entre nous, mais bien d’utiliser les services et nos contacts pour potentialiser les actions des mouvements d’entraide, tout en entrainant derrière nous les plus motivés pour « faire avancer la cause ».

Et pour ce faire, nous avons ce que j’appelle la « politique constructive », soit « l’Ensemble des discours, actions et réflexions ayant pour objet l’organisation du pouvoir au sein d’une société ». Ainsi, ce type de politique consiste à donner une ligne directrice, une façon particulière de gouverner et d’administrer nos groupes pour espérer obtenir des résultats probants, tant du point de vue financier que sur la qualité des accompagnements proposés.

Selon Aristote : “Et puisque la Politique se sert des autres sciences pratiques et qu’en outre elle légifère sur ce qu’il faut faire et sur ce dont il faut s’abstenir, la fin de cette science englobera les fins des autres sciences ; d’où il résulte que la fin de la Politique sera le bien proprement humain”.  Là nous entrons au cœur de la politique en addictologie : s’imprégner des sciences médicales pour intégrer les accompagnements spécialisés, les traitements comme les compétences des professionnels de santé, gérer les communications avec les instances hospitalières peu favorables à reconnaître nos savoir-faire, séduire les élus pour obtenir une aide matérielle et financière, amadouer les acteurs de la santé qui ont encore trop souvent une image négative des addicts, connaître les institutions sociales pour bien orienter nos adhérents en difficulté, etc… etc… Aristote avait tout à fait raison, nous devons utiliser toutes nos ressources pour mener à bien nos combats en espérant remplir nos bien modestes objectifs.

Au regard de ce qui se passe dans notre société contemporaine où la reconnaissance de l’individu est proportionnelle à son porte-monnaie, où les lobbies nous apprennent comment bien vivre en s’empoisonnant avec béatitude, il m’apparait que Mao Tsé Toung l’avait compris : “La politique est une guerre sans effusion de sang, et la guerre une politique sanglante”. Il nous est demandé, à nous les responsables d’associations, d’être des sur-intelligents constamment épiés par le regard attentif et implacable des acteurs locaux, médicaux et malheureusement parfois des membres du groupe. Nous devons fédérer le plus grand nombre, « faire avec » les délicatesses de chacun, soigner les susceptibilités de tous et n’attendre aucune reconnaissance car nous le faisons par vocation et non pour la gloire !

Alors oui, diriger un mouvement d’entraide c’est difficile, parfois violent, souvent épuisant, et nécessite l’art et la manière de gérer les potentialités humaines. Selon Arendt : “Etre politique… cela signifiait que toutes choses se décidaient par la parole et la persuasion et non par la force ni la violence” (La condition de l’homme moderne). Nous nous devons d’être politique, d’user de politique, de parler politiquement, de penser politiquement, de fédérer politiquement….

N’en faisons pas fi, elle est incontournable alors acceptons, usons, abusons de politique ! Pour servir notre cause, eu égard aux états d’âmes de certains…