LE DEVENIR DES FONCTIONS COGNITIVES APRES L’ARRET DE L’ALCOOL

Depuis 2018, je suis membre du groupe de recherche «  INSERM-ALCOOL-ASSOCIATIONS » et de ce fait je participe aux travaux de recherche sur l’addictologie. En décembre 2018,  Mme Anne-lise PITEL – Chercheur en neuropsychologie (UMR-S 1077 Inserm-Ephe-Unicaen) et Maitre de conférences des universités, a présenté ses travaux sur  « LE DEVENIR DES FONCTIONS COGNITIVES APRES L’ARRET DE L’ALCOOL » et je vous en propose  un résumé ci-dessous :

Souvent il est reproché aux addicts de ne pas avoir de « Volonté ». Cependant, il est observé que l’alcool altère la cognition ainsi que le fonctionnement cérébral, ce qui entraîne un comportement anormal sur l’équilibre et le contrôle des consommations. C’est alors le système impulsif qui prend le contrôle et le patient NE PEUT PAS faire intervenir sa volonté.

  • L’alcoolisation a des conséquences sur le traitement et l’accompagnement de l’addiction : en effet, il est nécessaire de prendre en compte les dommages sur la mémoire épisodique et le système réflexif (voir ci-dessous) pour adapter les ateliers et groupe de parole ;
  • On observe chez les patients des troubles des théories qui entraînent des conflits et des rechutes ;
  • L’anosognosie (le patient n’a pas conscience de sa maladie) entraîne un déni, et vient d’une perte de la capacité cérébrale du patient ;
  • Une tendance à la surestimation est également observée.
  • Altération de l’apprentissage
  • Difficulté à adopter de nouveaux comportements
  • Altération de la motivation à changer de comportement : le patient n’est pas capable cérébralement de « faire l’effort … ».

Le système réflexif : les patients ont de réelles difficultés à prendre des décisions, ou à résister aux pulsions. Dans l’altération des fonctions exécutives, la dérégulation des comportements provoqués par les TUAL (troubles de l’usage de l’alcool) se manifestent clairement dès qu’il s’agit de passer à l’action : le « s’empêcher de » ou « choisir de faire », de même que la capacité à déconstruire des rituels pose une difficulté majeure à la personne du fait d’un état de démobilisation face à une situation. Par exemple, après le travail je vais m’installer dans le canapé, prendre le journal et me servir un whisky de manière reproductive. L’impulsion l’emporte sur la capacité à « délibérer » parce que la zone cérébrale qui active la faculté décisionnelle (fonction exécutive) est endommagée.

Il est important de souligner que le sevrage concerne l’alcool mais également des Benzodiazépines, ces derniers impactant également très fortement le système réflexif. La récupération cognitive en dépend.

Tous ces éléments sont à prendre en compte pour l’organisation  des traitements en addictologie :

Certains tests neuropsychologiques permettent d’évaluer précisément les fonctions affaiblies ainsi que l’ampleur des dysfonctionnements, puis de voir l’étendue de leur réactivation après un certain temps de sevrage. A cet égard, il a été scientifiquement prouvé qu’une grande partie de ces fonctions connaît une amélioration très sensible au bout de trois semaines de sevrage. En revanche, toute réalcoolisation aggrave les perturbations précédentes.

 

En résumé :

Les chercheurs en neuropsychologie dans le domaine de l’alcoologie insistent sur le fait que le rééquilibrage de la balance décisionnelle au cours de l’abstinence est particulièrement favorisé par le travail psychothérapeutique, ce dernier aidant la restauration des fonctions cognitives.

De même,   les études ont démontré que trois mois d’hôpital de jour, durant lequel le patient est accompagné par des groupes de parole et des ateliers thérapeutiques,  augmentent et favorisent la récupération cognitive. Le rééquilibrage se fait alors en faveur de la fonction exécutive et permet d’enrayer les impulsions incontrôlables