LES RISQUES DE LA REDUCTION DES RISQUES

La Réduction des Risques chez les personnes addictes à l’alcool a été mise en œuvre afin d’encourager le plus grand nombre de malades à se faire soigner. Du point de vue associatif, nous reconnaissons que précédemment les discours stéréotypés et rigides pouvaient bloquer l’impulsion de soins.

Cette nouvelle approche institutionnelle, après les grands remous qu’elle a suscités, a été assimilée et pratiquée sur le terrain par la plupart de nos mouvements associatifs. Il s’agit d’accueillir la personne en difficulté avec une écoute bienveillante, de prendre en compte ses attentes et d’enclencher un accompagnement participatif.

Or, après quelques années, nous observons quelques incompréhensions qui, si elles apparaissent comme anodines dans le quotidien des équipes soignantes, sont en réalité perturbantes pour le patient comme pour nos associations dans la compréhension de la maladie.

  • L’abstinence est incontournable :

Accueillir un patient par l’écoute de ses difficultés et de ses attentes, c’est la base. Lui proposer un accompagnement sans imposer une abstinence, c’est positif et ouvre le champ des possibles. Mais il ne faut en aucun cas lui laisser croire qu’on peut entrer en rémission d’une dépendance alcoolique sans mettre en œuvre une abstinence totale !

Nous sommes tous convaincus, par nos expériences mais aussi par nos observations sur le terrain, que c’est la seule manière de reprendre goût à la vie, confiance en soi, et d’adopter un nouveau mode de fonctionnement global. La rémission, c’est tout à la fois, tant sur le plan environnemental que psychologique. Nous ne devons jamais oublier que nous sommes notre propre ennemi, et que l’émergence de contre-vérités pourrait être prétexte à une re-consommation.

Par ailleurs, la scientifique Anne-Lise Pitel nous a parfaitement décrit, en 2018, la gravité des troubles neuropsychologiques chez la personne dépendante à l’alcool et l’amélioration des fonctions cognitives après l’arrêt de l’alcool (cf journal 2018 p.5). Ainsi, au bout de plusieurs mois d’abstinence, il a été observé une normalisation des scores cognitifs. Toutefois les patients ayant repris une consommation, même temporaire, semblent moins bien récupérer. Là encore, si l’approche de la Réduction des Risques optimise le démarrage d’une démarche de soins, elle ne peut en aucun cas conduire à un rétablissement.

  • Le combat est long, douloureux mais structurant :

Les équipes soignantes ont, trop souvent, un discours défaitiste, engendré du fait qu’encore trop peu de malades s’en sortent. Si un patient rejette l’abstinence pour adopter la stratégie de Réduction des Risques, les professionnels ne doivent pas penser que c’est perdu d’avance, qu’il suffit de l’écouter, d’acquiescer et de « le nettoyer » un peu du produit avant de le renvoyer dans la société ! Il ne faut absolument pas en rester là ! Il s’agit bien de l’accompagner dans sa prise de conscience de la maladie, de l’amener à constater les dégâts déjà installés, et surtout de l’encourager dans son parcours avec un discours positif tout en gardant le cap sur l’obtention d’une rémission, avec enthousiasme et bienveillance !

  • L’affreux concept de consommation contrôlée

Enfin, j’aborde le sujet polémique de la re-consommation contrôlée après une abstinence longue pour les personnes alcoolo-dépendantes. Personnellement, je ne l’ai jamais observée ! Par contre, nous avons accueilli au sein de nos associations des personnes qui rechutent au bout de 5, 10, 15 et même 20 ans !

A chaque fois, ils témoignent d’une grande confiance en eux, acquise au fil du temps, et qui les a incités à tenter une re-consommation à des occasions exceptionnelles. Puis les occasions deviennent de plus en plus fréquentes et la rechute s’immisce  insidieusement, jusqu’au premier débordement qui signe la redescente en enfer. Nous sommes malades à vie et la RdR n’y changera rien !

  • Oui à une RdRd honnête

Ecouter un malade et l’accueillir dans un processus de soin ne doit en aucun cas induire qu’on peut expérimenter les re-consommations sans en payer le prix fort ! Méconnaissance ? Désinformation ? Quelles qu’en soient les causes, l’effondrement du patient en rechute est terrible car il remet en cause le sens même de sa vie.

Affirmer qu’une consommation modérée est possible chez un patient dépendant, c’est instiller l’information fausse que l’on « guérit » et distiller la rechute.

Alors oui à la réduction des risques, mais attention à ne pas se faire piéger par un discours si empathique qu’il en devient contre-productif, voire dangereux.

auteur : Marie-anne – Présidente du GESD

Pour plus d’information : Publication INSERM de décembre 2019