Ouest- France : Ces « passeurs d’espoir » parlent de leurs addictions au passé

Bernard Gautier, Marie-Anne Di Bianco et Patrick Delval forment le trio à la tête du groupe d’entraide soutien dépendances. En partageant leur vécu, ils veulent montrer qu’un avenir meilleur est possible. Samedi, la pièce Vive bouchon sera jouée par le théâtre de la Lande à Ploeren au profit de l’association.

Bernard Gautier, trésorier ; Marie-Anne Di Bianco, présidente et Patrick Delval, vice-président.

« Ce sont nos histoires qui font la richesse de ce bureau, assure Marie-Anne Di Bianco. C’est la somme de nos expériences. » Ce trio-là garde le sourire. Et n’est jamais à court de bonnes blagues. Ça n’empêche pas Bernard Gautier, Marie-Anne Di Bianco et Patrick Delval, respectivement trésorier, présidente et vice-président du bureau du Groupe d’entraide soutien dépendances, de travailler sérieusement. Ces trois bénévoles ne ménagent pas leurs efforts pour aider les personnes à lutter contre les addictions.  « Cela vient d’un mal-être profond qui nous caractérise tous. C’est le reflet d’une mauvaise gestion de nos émotions. »

Marie-Anne connaît trop bien le sujet. Elle se résume en quelques mots.  « 55 ans, marié, deux enfants et cinq cancers, dont le premier à 18 ans. » Elle regarde dans les yeux, consciente de l’effet.  « Le dernier a été le plus dur. J’ai été traité aux opiacés… » Elle se reprend.  « Ce fut l’explosion aux opiacés. » D’avant cette période, elle évoque à demi-mot un terrain fertile.  « J’avais un comportement limite avec les excès du week-end, des repas festifs trop arrosés… » Sans oublier la dépression nerveuse entre 2006 et 2008. Après, « je me shootais et j’associais les médocs et l’alcool. »

Décrocher de la vie

Jusqu’à un « coma plus grave que les autres. J’avais décroché de la vie et je ne voulais pas rentrer chez moi. » Marie-Anne accepte de partir en cure. C’est là qu’elle retrouve du sens et qu’elle « rencontre les garçons », raconte la cinquantenaire en désignant ces deux compères. Voilà cinq ans qu’elle a pris cette locomotive associative. « Et ça fait quatre ans que mes enfants m’ont pardonné. »

Bernard baisse les yeux.  « Mon grand m’en veut encore », glisse cet ancien chef d’entreprise de 60 ans. Voilà 11 ans et demi qu’il est abstinent.  « Moi, c’était par épisode. Quand le moral baissait ou que j’étais fatigué. » Il parle des conflits avec sa femme dans ces périodes de forte alcoolisation.  « Les grosses fiestas du week-end pouvaient se prolonger en semaine. Je cherchais la liberté. » Lui qui arrivait encore à maîtriser les mois sans alcool ne supportait plus cette situation.  « Ça ne pouvait plus durer. J’ai été hospitalisé. » Dès sa sortie, il a pris le chemin du bénévolat pour aider.

Déclaré mort clinique à 32 ans

Et pour s’aider. C’est Patrick qui le souligne le plus.  « Il y a certainement des vigilances que l’on garde. En accompagnant les autres, on le fait aussi pour soi. »  Ça fera trente-deux ans cette année qu’il n’a pas touché un verre. « Ce n’est pas un record, encore moins un score. Mais, ça montre qu’on peut y arriver et mieux vivre. » Lui a été déclaré mort clinique à 32 ans à cause de l’alcool. « Le milieu professionnel, la famille. Tout en a pris un coup. »  Jusqu’à son presque licenciement. « Je suis passé entre les gouttes. La lettre est arrivée le jour où j’ai été hospitalisé pour delirium tremens. Ma femme est allée voir la personne qui s’en occupait. Elle a été très humaine et a accepté d’attendre. »  Il lui en est toujours reconnaissant.  « Car il n’y a rien de pire que la solitude. »  La perte de l’emploi en fait partie. Marie-Anne et Bernard acquiescent. Le Groupe d’entraide sert aussi à ça. Ne pas rester seul et parler avec d’autres malades, comme eux.

Mélanie BÉCOGNÉE, Publié le 16/10/2018

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