Ouest-France : Contre les addictions, l’écran remplace les réunions

OUEST-FRANCE : Depuis fin mars, le Groupe d’Entraide Soutien Dépendances à Vannes  a mis en place des réunions virtuelles.

Pendant le confinement, le Groupe d’entraide soutien dépendances à Vannes a mis en place des réunions en vidéo pour ses adhérents. Cette alternative devrait perdurer jusqu’en septembre.

18 h. Patrick Delval et Marie-Anne Di Bianco sont les premiers arrivés à la réunion Zoom. Les deux responsables du Groupe d’entraide soutien dépendances accueillent chaque adhérent au fil de l’eau. Ce soir-là, la rencontre met quelques minutes à démarrer. Rien à voir avec les échanges habituels du mercredi soir. Le confinement a balayé les bonnes habitudes du groupe. Fini la pause, les cafés, les petites discussions d’avant et d’après… « Tout cela, on l’a perdu. Il y a une réelle différence », glisse Marie­ Anne Di Bianco.

Mieux vaut ça que rien. Les adhérents qui le peuvent se connectent sur l’application pour parler et se confier. Au milieu des banalités émergent des douleurs, des souffrances et parfois le manque. Manque d’alcool, de médicaments, de stupéfiants …

Une fois tout le monde présent, Patrick rappelle les règles du jeu. Il faut les suivre à la lettre pour ne pas rendre cette heure ensemble inaudible. « On lève la main pour prendre la parole. On n’interrompt jamais quelqu’un qui s’exprime. » La ligne directrice tient en quelques mots : bienveillance, compassion et tolérance.

« C’était dur »

Six adhérents ont répondu présent ce soir-là. « On a jusqu’à dix personnes, mais jamais plus pour que tout le monde puisse s’exprimer sur ses réussites et difficultés, ses espoirs et ses attentes… » Jean-Louis est le premier à se jeter à l’eau. Le confinement ne l’a pas laissé indemne.

«  Ce  n’est  pas  sur  le  plan  de  la consommation. Ce sont les relations sociales qui manquent. Un écran ne remplace pas le contact. » Une façon de dire qu’il a hâte de retrouver le groupe.

Pour Edmond (1), le confinement a été bien plus difficile à vivre. Ce n’est pas un homme de la campagne.

« C’était dur. »  Il glisse très vite sans s’attarder qu’il a « reconsommé ». Pas un mot de plus là-dessus. Et pas question pour Marie-Anne et Patrick de le pousser dans ses retranchements. Edmond préfère parler de la liberté retrouvée.  « Maintenant, je comprends l’impératif de pouvoir sortir. » Il a aussi réfléchi à « la cure qui fonctionne et pas l’après. C’est à cause de l’isolement. Je suis tout seul et je tourne en rond ».

Une fois qu’il a terminé, Patrick reprend la parole pour mieux la redonner. Sylvie a besoin de parler de son parcours. Elle est « tombée dans l’alcool ». Les mots s’entrechoquent : Coma éthylique, divorce, erreur médicale, une fille aÎnée très malade et décédée l’an dernier. « Elle criait et hurlait pour que j’arrête de boire. J’ai beaucoup médité pendant le confinement. J’aurais pu avoir plus de moments avec ma fille que de passer mon temps en cure. C’est mon grand regret et ma culpabilité. »

Maintenant grand-mère, elle retisse le lien avec ses autres enfants. « Ils n’ont pas confiance mais je tiens bon. » Le groupe l’écoute sans rien dire. « Il faut y aller un pas après l’autre », conclut l’un des animateurs. L’histoire de Patrick G. apporte un brin de gaieté à l’échange. Il est resté confiné avec sa nouvelle compagne. Qui est aussi son amour d’enfance. Il raconte sa romance   sur  fond   de   confinement. «  On a pu voir nos défauts et qualités. On est très soudés. »

« Je piquais des colères »

Lili (1) ne boit plus depuis un an. Elle préfère parler boulot. Elle appréhendait de retourner travailler sur fond de Covid. « La sophrologie me fait du bien. » Tout le monde y va de son expérience pour confirmer ses propos. Vient la question de son  agression voilà deux ans. Elle parle des suites de l’affaire. Non, elle ne partira pas en vacances cette année. « Ma priorité ? Me reconstruire et être bien. » Pierre dit qu’il est ravi de la voir remonter la pente. « Ça fait plaisir. »

Lui était contre ces visio conférences au début. « Ça me stressait et je piquais des colères. » Edmond ajoute qu’il ne « supporte plus Zoom. Ça manque de se voir. » Oui, la dynamique n’est pas la même. « Ce n’est pas entièrement satisfaisant, mais on continue de partager des choses », note Patrick Delval. Marie-Anne acquiesce : « On parle de tout, mais on rentre moins dans  l’intimité et le quotidien.  Et   puis,  les  tiers de nos adhérents ne peuvent pas se connecter… » Pour eux, les responsables du Groupe enchaînent les coups de fil. Pour garder le lien et les soutenir face à la solitude.

Mélanie BÉCOGNÉE.

(1) Prénom d’emprunt.

Groupe d’Entraide Soutien Dépendances, la réunion d’accueil et le groupe de parole organisés tous les mercredis ont été remplacés par des réunions via cette application jusqu’en septembre.

Tél. Patrick : 07 82 76 56 42, Bernard : 06 46 75 77 88 et Marie-Anne : 06 85 79 34 06.

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