Ouest-France : Entre femmes, elles parlent de leurs addictions sans tabou

Au Groupe d’entraide soutien dépendances à Vannes, le groupe de paroles est une béquille essentielle pour le sevrage. Depuis trois ans, les femmes ont aussi créé un groupe non-mixte pour libérer les pensées les plus intimes. Elles se retrouvent tous les deux mois à la maison des associations.

Elles ont créé un groupe non-mixte pour libérer la parole sans tabou. Ici Josie, Pierrette, Nathalie et Marie-Anne Di Bianco, présidente de l’association, sont les locomotives de ce groupe.

Témoignage

Elles se réunissent cinq fois par an. Le lundi de 20 à 23 h. Ce n’est jamais suffisant pour la quinzaine de femmes présentes. « On termine les échanges en courant, assure Marie-Anne Di Bianco. Il faut un petit temps de chauffe avant que les confidences commencent… » Marie-Anne est présidente du Groupe d’entraide, soutien dépendances à Vannes. Elle est l’une des locomotives de ces réunions non-mixtes, destinées aux femmes. Et uniquement aux femmes. « On se livre dans tous les domaines. On parle de féminité et de choses intimes, ajoute Nathalie. On ne dit pas la même chose quand les hommes sont présents. Là, on peut parler de sexualité, par exemple. » Et du poids de leurs dépendances. Josie, Nathalie, Pierrette et Marie-Anne en sont persuadées : l’addiction au féminin, c’est la double peine.

« J’ai embarqué tout le monde dans mon désespoir »

Josie est la première à parler. « Voilà vingt ans que je suis dans l’alcool. » À 67 ans, elle est abstinente depuis cinq ans. « J’ai été très loin et j’ai embarqué tout le monde dans mon désespoir, glisse-t-elle. C’est un suicide détourné. » Chaque mercredi, elle est au rendez-vous du groupe mixte. « Un moment indispensable. » Tout autant que le groupe des femmes. « Je me plais bien dans les deux réunions. On n’y raconte pas la même chose. »

Pas de tabous

Lors de ces rencontres, pas de tabous. « J’ai un sentiment de culpabilité très fort en tant que femme, reconnaît Josie. Le regard des autres est douloureux. Il n’y a pas de pitié pour les femmes qui boivent. » Marie-Anne acquiesce du regard. « La dégradation physique d’une femme à cause de l’alcool passe mal. Ou moins bien qu’un homme en tout cas. » Le rapport à la maternité est tout aussi violent. « J’ai fait souffrir mes enfants et je ne m’en remets toujours pas » , ajoute Josie. Son fils aîné ne lui a pas parlé pendant un an. « Pardonner, ce n’est pas oublier, mais ça permet d’avancer… »

Pierrette a été confrontée au même problème. Cette femme de 61 ans est tombée dans l’alcool à 25 ans. Elle avait encaissé pas mal de coups durs avant cela. D’autres suivront après. C’est sa cadette qui a le plus souffert de cette addiction. « Elle a ramassé. » Et il a fallu des années pour réparer. « Quand j’ai arrêté de boire, elle m’a fait payer toutes ses années de douleurs. »

Maternité et féminité

Maternité et féminité étaient pour elle dans le même panier  : « Ça n’existait plus. J’étais devenue haineuse par rapport à la féminité. » Et aujourd’hui ? « Je me suis rendu compte qu’il fallait réapprendre à aimer mon corps à jeun. » Sans équivoque, elle assure qu’elle n’aurait pas pu parler de ce sujet dans un groupe mixte.

Tout comme Nathalie, 54 ans. Elle décrit un alcool festif et mondain. Porte d’entrée classique vers la dépendance. Elle évoque une longue chute jusqu’en 2012. Et l’addiction aux médicaments. « Je ne pouvais plus aller travailler. Je ne vivais que pour l’alcool. » À l’époque, Nathalie se décrit comme « affreuse. Je ne pouvais plus me voir en peinture. »

Son quotidien ? Rester à la maison et perdre pied. « Il y a un tabou fort concernant les femmes alcooliques. Beaucoup boivent seules à la maison pour qu’on ne les voie pas » , estime Nathalie. Un regard pesant, également sur le corps. « L’une des premières choses dont on nous parle, c’est de notre physique, explique Marie-Anne Di Bianco. De la façon dont il se dégrade. » Et ça, il sera toujours difficile d’en parler semblent dire ces femmes.

Groupe d’entraide soutien dépendance à Vannes, Tous les mercredis, réunion d’accueil à 19h et groupe de parole à 20 h 15. Tel. Pierrette : 06 98 30 61 35 et Marie-Anne : 06 85 79 34 06.

Mélanie BÉCOGNÉE, Publié le 07/03/2019

https://www.ouest-france.fr/bretagne/vannes-56000/vannes-entre-femmes-elles-parlent-de-leurs-addictions-sans-tabou-6252477